Au Guatemala, en mémoire des massacres des indigènes

C’est l’un des crimes de masse les moins connus du XXe siècle. En 1954, au Guatemala, un coup d’État orchestré par les États-Unis et la CIA renverse le gouvernement de Jacobo Arbenz, dont les projets de réforme menaçaient les intérêts de la United Fruit Company et de l’oligarchie nationale. 250 000 civils seront massacrés, pour la plupart des indigènes mayas et des citadins progressistes. Malgré des accords de paix signés en 1996, le Guatemala ne ressemble en rien au pays paisible, « revenu à la normale », décrit par les sources officielles. Les projets extractivistes, tout particulièrement dans l’industrie minière, l’énergie hydroélectrique et la monoculture, ne cessent de susciter les convoitises d’entreprises nationales et étrangères. Depuis plus de dix ans, le photographe mexicain James Rodriguez cherche non seulement à déchiffrer les causes du génocide, mais plus encore à en documenter les conséquences : la corruption, la violence sociale, l’impunité, l’émergence de nouveaux conflits fonciers…

Des photos à voir qui en disent long sur le passé et le présent !

Édité au 30 DÉCEMBRE 2020 PAR JAMES RODRIGUEZ
(Source : Médiapart 30-12-2020)

Amérique centrale : la crise de trop

Nos médias sont envahis de pages ou d’émissions radio-TV « Covid – covid – covid » chez nous et dans les pays voisins. On en arriverait à oublier les ravages de la pandémie dans des pays plus pauvres et de surcroit (encore) moins démocratiques. Ajoutez-y crise migratoire et catastrophes naturelles à répétition. C’est le point sur cette situation que le CETRI a dressé avec 3 universitaires latino-américains dont la conclusion pointe le Guatemala :

« C’est un ensemble de phénomènes, naturels, politiques et économiques, qui poussent les Centro-Américains à fuir. Les conflits qui déchirèrent la région dans les années 1980, l’impact désastreux des ajustements structurels et des politiques néolibérales qui suivirent, les inégalités, la pauvreté, les discriminations culturelles, la violence mafieuse que font régner les gangs armés, l’emprise croissante du narcotrafic, l’insécurité alimentaire, la dénutrition, les États faillis, les démocraties fantoches, les politiques injustes, l’extrême vulnérabilité de la région aux catastrophes naturelles – éruptions volcaniques, tremblements de terre, ouragans, inondations, glissements de terrains, sécheresses… – exacerbée par les changements climatiques et la dégradation galopante de la biodiversité… L’ensemble a fait perdre l’espoir. Au Guatemala en particulier, où tous ces facteurs s’additionnent plus qu’ailleurs. »

Pour en savoir plus, lire ici l’article de Bernard Duterme  (Cetri), Louvain-la-Neuve, novembre 2020

Coopération au développement

« Si tu veux aller vite, marche seul,

Mais si tu veux aller loin, marchons ensemble »

 

Le soutien au Mojoca s’inscrit dans la galaxie de la coopération au développement. Mais quel développement ? Nos amis, signataires du texte ci-dessous, mettent en évidence que les réponses à cette question fondamentale sont éminemment politiques. Elles valent autant pour nos pays que pour le Mojoca, le Guatemala et tous les pays du Sud. Ce texte est une invitation à élargir nos horizons et à être attentif à la politique de coopération. La grande oubliée des campagnes électorales et des médias. Y a-t-il du neuf en ce mois d’octobre ? A nous de vérifier !

Un « nouvel ordre managérial » issu du monde de l’entreprise, appliqué au monde du développement au nom de « l’efficacité de l’aide », s’est imposé comme le nouveau paradigme réformateur de la coopération internationale, puissamment relayé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le club des pays industrialisés.

Un choix politique délibéré

En faisant ce choix qui consiste à instituer un environnement de « quasi-marché » pour les politiques publiques, le gouvernement belge de Charles Michel a donc clairement choisi son camp : importer des procédures et des politiques issues du secteur privé et mobiliser auprès de lui, dans un contexte d’austérité imposée, des moyens financiers nouveaux qui vont servir, notamment dans le cadre des financements mixtes public-privé (blending), à construire de nouveaux dispositifs d’intervention de plus en plus intégré aux institutions du marché. Ce que ne manquait pas de souligner un récent dossier de la Revue Nouvelle[1] 

 

Un choix qui vient confirmer une tendance amorcée depuis 2010 : la baisse continue des moyens publics consacrés à l’aide au développement et l’instrumentalisation de celle-ci au profit d’intérêts politiques, économiques ou géostratégiques belges (notamment la prévention des mouvements migratoires). Durant cette dernière décennie, le montant de l’aide publique belge a nettement régressé, de 23% en termes absolus et de 30% en termes relatifs. Qui plus est, ce montant diminué inclut la part de l’aide dite « fantôme », qui ne contribue pas directement au développement des pays du Sud mais est finalement dépensée en Belgique (notamment l’accueil des demandeurs d’asile).

 

De l’examen des données chiffrées, il résulte donc que l’aide publique de la Belgique au développement a été fragilisée.

De son côté, la coopération non gouvernementale (via les ONG, les associations, les universités et hautes écoles, etc.) a  subi une vague de changements à marche forcée. Révision des agréments des ONG sur base de critères étroitement managériaux, bureaucratisation pointilleuse et accaparante, lourdes procédures de concertation imposée entre ces acteurs… Autant la rigueur dans la gestion se justifie, autant ces réformes ont abouti à des simplifications arbitraires, à l’asphyxie des petites structures et à une perte de sens du travail des professionnels. Bien des interventions, dont l’impact sur la vie des populations du Sud est direct,  ont été affectées par une réduction des  moyens publics.    

 

Et puis arriva le COVID-19…

 

Le péril sanitaire provoqué par le COVID-19 a affecté l’ensemble des continents. La coopération belge au développement y a réagi, tout comme les différents secteurs de l’économie et de la vie en société, via des réponses qui vont de l’aide d’urgence (par exemple en envoyant quelques ambulances à Kinshasa) à des actions de moyen terme notamment dans le cadre de réallocations budgétaires. 

Si ces réponses sont nécessaires dans l’immédiat, elles n’en sont pas moins totalement insuffisantes face aux interpellations fondamentales auxquelles la pandémie actuelle nous confronte brutalement. Puissant révélateur et loupe grossissante des inégalités et des fractures toujours plus nombreuses au sein de nos propres pays et encore davantage dans ceux du Sud, cette crise nous confronte à une impasse majeure : celle du modèle de développement et du néolibéralisme globalisés dont la politique belge menée durant la législature écoulée n’est qu’un des nombreux avatars. Que faire alors pour que l’après COVID-19 de la coopération belge au développement ne soit pas une simple copie de l’avant ?

Quand bien même le clivage entre « Nord » et « Sud » de la planète persiste et s’accroît, les enjeux apparaissent plus que jamais communs. Les besoins prioritaires des populations du Sud sont exactement les mêmes que les nôtres : un système de santé et de protection sociale de qualité et accessibles à tous, un enseignement qui construit le savoir et l’émancipation des adultes de demain, des systèmes alimentaires résilients et ancrés dans la transition agro écologique, qui préservent les écosystèmes, des ressources naturelles disponibles de manière équitable aujourd’hui mais aussi pour les générations futures,  et enfin, last but not least, un Etat réinvesti non seulement de ses fonctions régaliennes essentielles mais également de son rôle stratégique d’orientation du développement et de juste répartition de ses bénéfices. Les 17 objectifs du développement durable adoptés en 2015 par les Nations Unies ne visent pas autre chose ; ils apparaissent plus que jamais semblables pour tous, au Nord comme au Sud. Or, une politique de coopération au développement caractérisée par un perpétuel « stop and go », qui multiplie les changements de cap, engluée dans la gestion de sa structuration belgo-belge et hypnotisée par les effets de mode tels que la digitalisation ou la mobilisation marginale du secteur privé, n’est pas à la hauteur de ces objectifs.

 

Rappel des fondamentaux

 

 La crise que nous vivons n’est pas qu’une pandémie de plus mais révèle le caractère profondément inégalitaire et destructeur du modèle de développement en cours tout comme l’inanité de la version « light » de l’État, que nous vendent les intégristes du néo-libéralisme. Face à cela, nous sommes convaincus de la nécessité d’opérer un basculement significatif de notre coopération au développement au profit d’un certain nombre de « fondamentaux » : le soutien à une agriculture paysanne et agro-écologique comme le réclame la nouvelle campagne de la Coalition contre la faim[2], l’appui aux structures de santé de première ligne (fers de lance des luttes contre toutes les pandémies) et le développement de systèmes de protection sociale pour réduire les inégalités, le soutien aux projets d’économie sociale et solidaire et aux circuits courts qui permettent aux populations de réduire leur dépendance vis-à-vis de l’économie mondialisée. De même, il nous semble nécessaire de ré-encastrer dans la sphère publique, en les soustrayant à toute logique prédatrice et mercantile, les biens indispensables à la vie comme l’eau, un environnement sain, les ressources naturelles fondamentales. Mener ces actions suppose et impose que l’action de l’État soit redéfinie dans le sens de la recherche, pour tous, du bien commun. Cet horizon politique désirable est urgent pour rompre le cercle mortifère et sans issue du marché comme seule rationalité politique.

La pandémie du COVID-19 nous a brutalement rappelé l’interdépendance étroite entre  les différentes nations de notre planète : à long terme, notre développement est indissociablement  lié à celui des autres nations et en particulier de celles du Sud. Comme le dit un proverbe africain : « si tu veux aller vite, marche seul mais si tu veux aller loin, marchons ensemble ». Plus que jamais la coopération au développement peut être un des domaines de l’action publique susceptibles de contribuer à une relance  dans cette direction… A condition d’être sous-tendue par une stratégie pensée et construite pour durer. Au cœur du cahier de charges de l’après COVID-19, citoyens, professionnels et politiques sont confrontés à cette question : quel est le sens et la nature du développement qu’on souhaite voir advenir au Sud…et au Nord.

Le prochain gouvernement sera-t-il en mesure de relever ce défi ?

 

Marleen Bosmans, experte droits humains

Paul Géradin, professeur e.r.

Pierre Grega, évaluateur de projets de développement

Alain Laigneaux : conseiller en développement rural

Georges Pierseaux : bio ingénieur spécialisé en économie agricole.

 

[1] La Coopération au développement : auscultation d’une réforme in La Revue Nouvelle, n°03/2019, avril 2019.

[2] #Yes2Agroecology, Communiqué de presse de la Coalition contre la faim/Coalitie tegen honger, juin 2020

Comment affronter la pandémie ?

 

Appel de 25 associations guatémaltèques

Un texte à lire ici de grande qualité (signé par 25 associations de la société civile) évoque des pistes pour affronter le virus. A commencer par une réforme radicale d’une société d’exclusion. Un rappel salutaire de tous les groupes de femmes, d’hommes et de jeunes qui vivent dans la pauvreté (extrême), dans des conditions qui ne permettent pas de respecter les directives du pouvoir.

Un appel à des changements en profondeur au Guatemala (mais pas seulement) pour plus de justice, d’égalité, de fraternité et de respect de la Terre, notre Mère.

 

 

La pandémie au Guatemala (suite)

La presse belge fait état de la propagation inquiétante du Covid en Amérique latine. Tous les projecteurs sont braqués sur le Brésil, le Mexique, le Pérou, … Pas un mot sur le Guatemala. La situation y est pourtant particulièrement alarmante, comme on le lira (ici) dans l’entretien avec la « defensora de la salud » auprès du procureur pour les Droits humains.

 Le système sanitaire est déjà défaillant en temps « normal ». Il se révèle tout à fait incapable de faire face à la pandémie. Malgré le courage du personnel soignant. C’est au point que de nombreuses voix ont demandé la démission du ministre de la santé. Sans suite.

Le Coronavirus au Guatemala

Freepik
 
Nos médias nous parlent trop peu des ravages que le Covid-19 provoque et continuera à provoquer dans les pays pauvres. Gérard Lutte nous a envoyé des éléments qui permettent d’un peu mieux imaginer la situation au Guatemala.
Aux côtés des pauvres et des jeunes de la rue. A lire ici.
 
Au Sénégal, le Covid-19 fait également des ravages, découvrir l’article de la RTBF.
Ainsi que dans toutes les grandes villes des pays du Sud de la planète…
 

8 Mars – Droits des femmes

Le MOJOCA a toujours accordé une attention particulière aux filles des rues (Maison du 8 Mars). Les filles et jeunes femmes sont les victimes « privilégiées » des violences institutionnelles et du machisme de la société : El païs de los hombres que no aman a las mujeres. Nous proposons trois articles récents sur la situation de ces jeunes jeunes. Alarmants !
Le Mouvement participera, comme chaque année, aux manifestations festives et revendicatives le 8 mars >Lire

Nuestras madres et l’abuelo

Heureuse coïncidence : la même semaine nous recevions un très bel article sur le travail du Mojoca et sortait sur nos écrans le film Nuestras Madres de César Diaz, un réalisateur belgo-guatémaltèque.

Deux regards complémentaires sur la société guatémaltèque.

Le film de C. Diaz a reçu un excellent accueil de la critique et de nombreux prix bien mérités (lire l’article du Soir).

L’article de Pascale Sury, illustré de très belles photos, rend compte d’une partie du travail réalisé au Mojoca (à découvrir ici). On peut aussi découvrir l’ensemble de son reportage-photo sur ce site (galerie photos).

Vous ne regretterez pas le détour par ces documents.